Conférence publique sur l’inclusion financière à l’Université Joseph Ki-Zerbo

Conférence publique sur l’inclusion financière à l’Université Joseph Ki-Zerbo

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« L’inclusion financière dans les pays en développement : cas de la finance islamique ». C’est autour de cette problématique que s’est tenue le dimanche 30 mai 2021 une conférence publique à l’Université Joseph KI-Zerbo. Organisée par la section des Sciences Economiques et de Gestion du Conseil Général des Universités de Ouagadougou de l’Association des Elèves et Etudiants Musulmans du Burkina (AEEMB), la rencontre a été riche en connaissances du droit et de la finance islamique. Reportage

Pour l’ancienne patronne du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, le constat est on ne peut plus éloquent : si la finance conventionnelle (dont dépendent les institutions de Breton Woods, la Banque mondiale et le FMI.) appliquait les principes de la finance islamique, le monde des finances n’allait pas connaître la crise financière internationale des subprimes de 2008.

Ce témoignage d’une icône de la finance internationale capitaliste est la preuve que beaucoup reste à faire pour une véritable appropriation des vertus du système financier classique par la majorité des populations mondiales d’où des questionnements incessants sur des alternatives beaucoup plus humaines parce que reposant sur des critères fondés sur la justice, l’équité et la solidarité.

C’est fort de ce constat que les grandes places financières mondiales de Londres, Tokyo, New-York, Berlin et récemment de Paris n’ont pas hésité à intégrer le secteur de la finance islamique en dépit du socle idéologique islamique sur lequel repose ce système financier encore appelé participatif ou éthique.

C’est dans la perspective de se familiariser avec le concept, les fondements, les principes et les mécanismes de la finance islamique que les organisateurs ont fait appel à deux sommités burkinabè du droit et de la finance islamique pour une conférence publique au sein du premier temple du savoir au pays des hommes intègres.

Prenant la parole, le premier paneliste, Imam Ismaël Tiendrébeogo qu’on ne présente plus dans les milieux médiatiques et islamiques au Burkina Faso, a planté le décor à travers une clarification conceptuelle de ce que c’est l’« inclusion financière » en faisant notamment ressortir le taux de bancarisation des populations comme étant un élément indispensable de cette définition.

Pour le spécialiste du droit musulman, en plus du taux de bancarisation, l’accès aux services financiers comme les moyens de paiement numériques ou informatisés et traçables sont autant de critères de l’inclusion financière. S’appuyant sur des versets coraniques et des hadiths du prophète de l’Islam, l’Imam Tiendrébeogo a souligné l’importance du travail en Islam qui ne recommande pas à ses adeptes de « renoncer à ce bas-monde ou se limiter seulement à ce bas-monde ».

Poursuivant son exposé, l’Imam, par ailleurs spécialiste du Droit des Affaires, a affirmé que l’Islam sur la base d’un verset de la sourate « hachr, chapitre 59 » combat la « dévolution restreinte de la richesse entre un nombre réduit de personnes » d’où l’obligation de la zakat ou l’aumône légale qui, si elle était bien observée par les fidèles, aurait des répercussions salvatrices sur l’ensemble des composantes musulmanes ou non de la société humaine. Si l’Islam interdit l’intérêt (c’est-à-dire tout accroissement pécuniaire sans contrepartie mais basé uniquement l’écoulement temporel) dans les transactions commerciales, il encourage par contre la recherche du profit qui découle d’un négoce ou d’un commerce légal adossé à des actifs tangibles et faisant intervenir notamment le principe de partage des pertes et profits contrairement au système conventionnel qui repose sur le transfert du risque vers le client et non sur sa gestion dans la durée par le prêteur des fonds.

Pour le deuxième paneliste, le Dr Han-Madou Ilboudo, Fondateur et Directeur Général de l’Institut Africain de Finance islamique et de Gestion (IAFIG) et Enseignant-chercheur en sciences de gestion à l’Université Joseph Zerbo, si l’accès aux services financiers est un indicateur important de l’inclusion financière, il convient de s’interroger sur l’utilisation de ces services financiers et surtout sur le coût induit par cette utilisation et c’est là où le bât blesse. En ce sens que le taux de bancarisation stricte ou élargie en incluant par exemple les systèmes financiers décentralisés en l’occurrence les caisses populaires et le développement des services monétaires ne reflète pas la réalité du terrain.  Si bien que le chiffre de plus de 70% avancé comme taux global d’utilisation des services financiers au Burkina Faso à titre d’exemple et fourni par l’UEMOA peut être interprété différemment.

Pour Dr Ilboudo, l’un des pionniers de la finance islamique en Afrique de l’Ouest, « ce qui intéresse les populations ce sont l’utilisation et le coût d’utilisation des services financiers et non leur accès ». Toute chose qui l’amène à soutenir que la « vraie inclusion financière, c’est celle qui favorise l’accès d’un grand nombre aux financements ». Or, les institutions financières conventionnelles, de par de leur mode de fonctionnement, exclut de fait une bonne partie des populations africaines qui ne dispose pas de garantie hypothécaire pour espérer bénéficier d’un quelconque accompagnement de ces institutions financières accentuant du coup son « exclusion financière ».

Des échanges fort enrichissants, signe de l’intérêt du thème de la conférence, ont mis fin à la rencontre.

Amadé Adama SORO

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